L'absurde. En attendant Godot de Beckett

En attendant Godot (1953) de Samuel Beckett (1906-1989).

Théâtre, genre dramatique.

 

Extrait Acte I.

ESTRAGON : Endroit délicieux. (Il se retourne, avance jusqu'à la rampe, regarde vers le public.) Aspects riants. (Il se tourne vers Vladimir.) Allons-nous-en.

VLADIMIR : On ne peut pas.

ESTRAGON : Pourquoi ?

VLADIMIR : On attend Godot.

ESTRAGON : C'est vrai. (Un temps.) Tu es sûr que c'est ici ?

VLADIMIR : Quoi ?

ESTRAGON : Qu' il faut attendre.

VLADIMIR : Il a dit devant l'arbre. (Ils regardent l'arbre.) Tu en vois d'autres ?

ESTRAGON : Qu'est-ce que c'est ?

VLADIMIR : On dirait un saule.

ESTRAGON : Où sont les feuilles ?

VLADIMIR : Il doit être mort.

ESTRAGON : Finis les pleurs.

VLADIMIR : A moins que ce ne soit pas la saison.

ESTRAGON : Ce ne serait pas plutôt un arbrisseau ?

VLADIMIR : Un arbuste.

ESTRAGON : Un arbrisseau.

VLADIMIR : Un – (Il se reprend). Qu'est-ce que tu veux insinuer ? Qu'on s'est trompé d'endroit ?

ESTRAGON : Il devrait être là.

VLADIMIR : Il n'a pas dit ferme qu'il viendrait.

ESTRAGON : Et s'il ne vient pas ?

VLADIMIR : Nous reviendrons demain.

ESTRAGON : Et puis après-demain.

VLADIMIR : Peut-être.

ESTRAGON : Et ainsi de suite.

VLADIMIR : C'est-à-dire...

ESTRAGON : Jusqu'à ce qu'il vienne.

VLADIMIR : Tu es impitoyable.

ESTRAGON : Nous sommes déjà venus hier.

VLADIMIR : Ah non, là tu te goures.

ESTRAGON : Qu'est-ce que nous avons fait hier ?

VLADIMIR : Ce que nous avons fait hier ?

ESTRAGON : Oui.

VLADIMIR : Ma foi... (Se fâchant.) Pour jeter le doute, à toi le pompon.

ESTRAGON : Pour moi, nous étions ici.

VLADIMIR (regard circulaire) : L'endroit te semble familier ?

ESTRAGON : Je ne dis pas ça.

VLADIMIR : Alors ?

ESTRAGON : Ça n'empêche pas.

VLADIMIR :Tout de même... cet arbre... (se tournant vers le public) ...cette tourbière.

ESTRAGON : Tu es sûr que c'était ce soir ?

VLADIMIR : Quoi ?

ESTRAGON : Qu'il fallait attendre ?

VLADIMIR : Il a dit samedi. (Un temps.) Il me semble.

ESTRAGON : Après le turbin.

VLADIMIR : J'ai dû le noter. (Il fouille dans ses poches, archibondées de saletés de toutes sortes.)

ESTRAGON : Mais quel samedi ? Et sommes-nous samedi ? Ne serait-on pas plutôt dimanche ? ou lundi ? ou vendredi ?

VLADIMIR (regardant avec affolement autour de lui, comme si la date était inscrite dans le paysage) : Ce n'est pas possible.

ESTRAGON : Ou jeudi.

VLADIMIR : Comment faire ?

ESTRAGON : S'il s'est dérangé pour rien hier soir, tu penses bien qu'il ne viendra pas aujourd'hui.

 

La scène

Aucune date précise, l'arbre n'a pas de feuilles... nous sommes peut-être en hiver...

Les personnages

Ils semblent avoir la même importance de répliques : s'agirait-il d'une seule personne qui se parle à elle-même ? Ou alors ils forment un couple et se ressemblent étrangement, ils ont la même proccupation et parlent au nom de "on", ou de "nous".

Stupides, leurs conversations sont absurdes, ils sont bêtes.

La signification de l'attente

L'attente, le thème récurrent de la pièce, est interminable... aucune précision n'est donnée sur Godot. Le couple inséparable est pathétique... ils sont parfaitement incertains de la date ou encore de l'heure du rendez-vous.

Du tragique sous le comique apparent.

Peut-être attendent-ils la mort, le bonheur ou l'argent, un sens à leur vie, Godot (Dieu) ou le Salut de celui-ci. Beckett refusait d'ailleurs cette dernière interprétation.



Article ajouté le 2007-02-26 , consulté 53 fois

Commentaires


Cat's le 27/02/2007 à 11:17:01
C'est une coïncidence oubien....?
S'il avait voulu que ce soit Dieu il l'aurait nommé... je crois qu'il n'aimait pas trop que le lecteur cherche à interpréter...
Loulou le 27/02/2007 à 11:44:13
Une coincidence de quoi ?

Pour l'interprétation... il est insensé de chercher à comprendre quelle est cette attente interminable.

Effectivement, Beckett refusait l'attente d'un Dieu (God-ot)... lui-même ne savait pas qui était Godot, et comme tu dis, s'il l'avait su, il l'aurait dit.
Tout est absolument absurde dans cette pièce et le fait même de se demander pourquoi c'est absurde est absurde.

Ils semblent attendre Godot en pensant que quelque chose changera alors qu'ils paraissent aussi lucides, l'espoir est absurde. Il n'y a rien à faire (véritable leitmotiv de la pièce), "c'est la vie", ou "on est dans la merdecluse"...

L'absurde c'est l'incompréhensible et cette pièce est un sacré non-sens.

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Elite et ratures "

Retour aux articles